Le Jeûne – Partie I : Quels sont ses effets sur la santé?

Le jeûne est une pratique qui existe depuis des siècles visant à améliorer l’état de santé et l’auto-guérison. Il a été développé par les courants naturopathes et hygiénistes dans un but de prévention, conservation ou optimisation de l’état de santé. Que ce soit dans un contexte religieux, spirituel, en quête de bien-être ou dans un but thérapeutique, cette pratique s’est démocratisée en France depuis les années 2000.

En tant que diététicienne, j’ai souvent été questionnée sur le sujet. Je vous propose donc deux articles sur le jeûne, résumant à ce jour ce que l’on sait sur les vertus et les risques de cette pratique.

Dans cet article, les informations sont issues du rapport de l’Inserm « Evaluation de l’efficacité de la pratique du jeûne à visée préventive ou thérapeutique«  . Les résultats sont basés sur les rares études réalisées sur le sujet. On ne traite pas, ici, des vertus du jeûne pratiqué dans une recherche de bien-être.

Les différents types de jeûnes

Il existe différents types de jeûnes:

  • le jeûne complet où seule la consommation d’eau est permise (il existe aussi le jeûne sec où l’eau n’est pas autorisée mais il ne peut durer plus de quelques jours).
  • le jeûne partiel où un faible apport calorique (environ 300 kcal/j) est apporté par la consommation de jus de fruit, de légumes et de bouillons comme par exemple le jeûne de type « Buchinger »
  • le jeûne intermittent qui consiste à jeûner 1 à 2 jours par semaines par exemple

Un jeûne peut être précédé d’une phase préparatoire ou non et être associé à un repos complet ou une activité physique tel que le yoga ou la randonnée.

Les cures de jeûne peuvent être pratiquées seul ou en groupe encadré avec ou sans équipe médicale.

Physiologie du jeûne

L’organisme utilise les glucides, les lipides et les protéines pour fabriquer l’énergie nécessaire à son fonctionnement. Ces substrats énergétiques sont apportés par l’alimentation mais également stockés dans le tissus adipeux (graisse), le foie et les muscles.

Lors d’un jeûne, l’organisme doit réadapter son fonctionnement afin de pouvoir continuer de fournir aux cellules l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.

Lors des 16 premières heures suivant le repas, l’organisme utilise le glucose apporté par l’alimentation puis celui stocké dans le foie et les muscles (réserve hépatique et glycogène).

Phase protéique (jeûne court): quand les réserves de glucose sont épuisées, l’organisme utilise les protéines musculaires pour fabriquer du glucose. Ce mécanisme dure 1 à 3-5 jours et est limité dans le temps afin d’éviter une fonte musculaire trop rapide.

Phase cétonique (jeûne prolongé): afin de limiter l’utilisation des réserves protéiques, l’organisme synthétise son énergie à partir des acides gras. Ces acides gras sont oxydés ou transformés en corps cétoniques pour servir de substrats énergétiques.

Par ces changements métaboliques, lors des 3 à 5 premiers jours, l’organisme va connaître une crise d’acidose qui se manifeste généralement par de violents maux de tête, douleurs inflammatoires ostéo-articulaires, nausées, douleurs hépatiques (foie) et rénales, troubles du sommeil, crampes musculaires, vision floue. Cette crise est décrite comme la phase la plus compliquée du jeûne et est généralement suivie par un effet calmant et stimulant.

Le jeûne doit être suivi d’une alimentation progressive allant vers la reprise d’une alimentation normale.

Les vertus du jeûne

Aujourd’hui le faible nombre d’études réalisées sur les bienfaits thérapeutiques du jeûne ne permet pas de tirer de réelles conclusions. Néanmoins, l’Inserm recense des résultats intéressants qui ont pus être observés dans les cas suivant:

  • polyarthrite rhumatoïde : amélioration de la douleur mais pas de la raideur ni de l’impotence fonctionnelle.
  • syndrome de l’intestin irritable: diminution des douleurs abdominales, des diarrhées, des nausées, de l’anxiété, des interférences dans la vie quotidienne et de la consommation médicamenteuse.
  • diminution des risques cardio-vasculaire : légers effets anti-coagulant, fibrinolytique (dissolution des caillots sanguins) et anti-inflammatoire. Cependant un effet rebond des symptômes peut avoir lieu en cas de reprise brutale de l’alimentation.
  • pathologies chroniques diverses: des résultats positifs ont été observés pour les cas de dermatites atopiques, syndrome de fatigue chronique et hypertension artérielle.

Des études ont été menées sur l’efficacité du jeûne dans le traitement de l’obésité. Malgré une perte de poids significative observée, les effets ne se maintiennent pas à long terme.

Plus couramment utilisé dans un but thérapeutique en Allemagne ou en Russie, le jeûne relancerait la sanogenèse qui est un mécanisme d’autodétoxification de l’organisme. Ce mécanisme aurait pour vertus de stimuler les forces curatives de l’organisme et permettrait ainsi de réduire notre consommation de médicaments.

Pour aller plus loin sur les pratiques du jeûne en Europe vous pouvez regardez le reportage « Le jeûne une nouvelle thérapie? » d’Arte.

Jeûne et cancers

Ces dernières années, les scientifiques se sont penchés sur les effets du jeûne associé à la chimiothérapie.

Alors que l’on préconise une alimentation hypercalorique afin de limiter les risques de dénutrition, des chercheurs ont observé que des patients jeûnant 48 à 140 heures avant et 5 à 56 heures après une chimiothérapie contractaient moins d’effets secondaires. Ils n’avaient pas de vomissements ni de diarrhée, moins de fatigue et de faiblesse. Le jeûne aurait pour effet de protéger les cellules saines mais pas les cellules cancéreuses de la chimiothérapie. Ces recherches sont toujours en cours et aucune réelle conclusion n’a été donnée à ce jour.

La fondation ARC pour la Recherche sur le Cancer rappelle qu’actuellement les études ne permettent pas de conclure de l’intérêt de la pratique du jeûne associé à la chimiothérapie. Il met en garde sur les risque d’aggravation de l’état de dénutrition et de sarcopénie (perte de masse musculaire). L’OMS et l’Institut américain de recherche sur le cancer WCRF ne préconisent pas le jeûne dans la prévention et le traitement contre le cancer.

Si vous suivez une chimiothérapie, ne pratiquez pas de jeûne ou autre régime restrictif sans avis médical.

Pour aller plus loin vous pouvez consulter le rapport du Réseau National Alimentation Cancer Recherche (Réseau NACRe) et publié en 2017.

Conclusion

Le jeûne à visée thérapeutique est très peu pratiqué en France contrairement à des pays comme l’Allemagne, la Russie ou le Japon. Dans son rapport, l’Inserm fait état des études réalisées mais note le manque de randomisation et une qualité méthodologique insuffisante ne permettant pas de confirmer les résultats observés.

La pratique du jeûne reste avant tout une démarche personnelle.

Si vous envisagez d’entreprendre une cure de jeûne je vous invite à lire la suite : http://occitanie-dietetique.fr/jeune-quelles-precautions-prendre

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